Justine

Publié le par Candiice

La vie est un ballet ; on le danse qu'une fois.

 

Ses mains parlaient à Dieu, et moi avec mes pieds ancrés dans la terre, je n'ai pu les entendre. J'ai seulement admiré cette danse, évidente et simple, dont aucun geste ne semblait réel. Intriguée par son angélisme, j'ai cherché les ailes qui la déracinaient de la pesanteur humaine. Ma peau a commencé à se hérisser, alors chancelante, j'ai fait comme tous les autres, je me suis approchée. La curiosité avait fait place à la nécessité, j'étais hypnotisée par cette étrange aura sacrée.

 

Nombreux sont ceux qui se sont mis à genoux sous ses grands yeux verts et je reste encore impressionnée par un tel serment d'allégeance. Troublée, je les ai vu réverencer, plier sous ses désirs, s'émerveiller de sa candeur magnétique et rester, encore et encore, drogués par son auréole extatique. Je cherche toujours quel est son pouvoir, à quoi tient notre obédience. Comment peut elle arrêter le temps d'un simple battement de cil ? Et comment le temps peut il se laisser manipuler ainsi ?

 

Et puis elle s'est retournée vers moi, a rivé ses pupilles dans les miennes, et d'un air de défi, m'a prié de la retenir. Privilégiée de par sa bravade, je l'ai laissé me tutoyer du regard et elle a déversé sa douleur dans toutes les cellules de mon corps. Je l'ai ensuite vu rassembler ses angoisses et disparaitre dans le wagon 24. Je suis désolée, je n'ai pas la capacité d'empêcher les trains de partir. Mais, que l'univers se soit tu un instant, et avec un peu de chance elle aura entendu le discours de mon silence (© Mahogany) :

 

"J'ai compris, ma grande. J'ai compris que tu étais la génération sacrifiée, la génération qui allait porter sur ses épaules toute la lassitude de ses aînés. Mais ils ne se sont pas rendu compte, n'est ce pas ? Ils ne voient pas qu'ils se sont saôulés d'eux même à vouloir tout avoir trop vite, y compris le contrôle sur leur pairs et qu'ils en sont devenu malade. Je m'excuse d'avance, pour tout ces hommes qui vomiront leurs excès sur ta robe blanche et je baisse les yeux sur toutes les tombes sociales qu'ils t'ont déjà forcé à creuser. Egoïstes ou insconsients, ils ont fait passer leur amour propre avant celui qu'ils te portaient, sous prétexte que la vie n'avait plus rien d'un jeu collectif, mais crois moi, les gens ne naissent pas pressés, tu as encore ta chance."

 

Derrière son parfum d'assurance de petite femme, j'ai senti l'odeur de la peur dans ses cheveux, celle de tout recommencer. Ailleurs. De tout avoir à refaire, loin de ceux qu'elle avait assujetti, qu'elle avait mis de son coté. Tout ceux qui, dans son cercle enchanteur, criaient haut et fort qu'ils la protégeraient de cette vie acide qui attente déjà à ses valeurs. Bouleversée, les mains jointes, les mains peintes de frustration, j'ai imprimé en moi les dernières notes du rire de ma danseuse.

 

"Met du vent dans tes poumons, ne baisse pas ta garde, et élève toi. Tu auras bien le temps, comme tous ces urgentistes, de te trouver une place au cimetière. Alors fais encore danser tes jupes et voler tes cheveux, apprends à regarder là où l'illusion se matérialise. Tu sais, ta génération n'est pas plus amorale ou pervertie que les précédentes, elle ne prend juste plus la peine de le cacher. Et si je n'ai pu empêcher ton train de partir, je te promets de le forcer à revenir."

 

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