Hervé

Publié le par Candiice

Le port de plaisance est un lieu conçu pour que les navigateurs qui ne prennent pas la mer puissent rencontrer des vacanciers qui n'ont pas de bateau.

 

Assise à la fenêtre, les jambes métronomes au vent, je t'emprunte un peu de ta mer du bout du monde. Je regarde le port et la rade, je respire la bruine jusqu'à tomber malade. Tu avais raison, qui peut se vanter de toucher l'horizon comme nous le faisons ce matin ? Ici les ombres des nuages gris n'épargnent personne, tous les brestois ont le teint cendré. Mais tu n'es pas d'ici, toi le délaisseur d'océan qui ne profite même pas de son vent de face pour gonfler tes voiles, qui moisissent bien repassées au fond de tes armoires. Et tu es là, à m'expliquer que tout est une question de courants contraires, à réchauffer mes joues entre tes mains et à me dire qu'à force de contempler les flots je finirais par apercevoir New York...

 

Je t'avais prévenu, je suis l'exception qui confirme l'aigle, je protège l'espèce à ma façon, je vole au dessus de toutes ces vipères dont la langue m'est familière, sans jamais en torturer ne serait-ce qu'une seule entre mes serres. Toi tu les aspires, leurs écailles glissent sur ta langue, tu les aimes fuyantes, dansantes entre tes doigts caleux. Mais toutes tes stratégies de pécheur de terre et tous tes blasphèmes ancrés au sable mouillé ne font pas cesser ma pluie nautique.

 

Alors s'il te plait, raconte moi encore ces marins qui se souviennent des grandes marées avec des vagues au fond des yeux ; on m'a toujours dit que la mer, pour l'apprécier, il faut d'abord la redouter. Raconte moi tes voyages au long cours, tes tempêtes, tes ecueils, parle moi de tes dériveurs en eaux calmes et de tes pires mals de mer. Prends ton temps, je n'aime pas la fin de tes histoires et puis aujourd'hui, même tes victoires te paraissent banales, mais qu'est ce qui s'est passé ? Qui t'a cassé ta boule de crystal ? Regarde toi, tu ne doutes plus de rien avec tes certitudes en fond de cale. Mais qui aurait prévu qu'on finirait par te trouver au bout de la Loire ? Toutes tes photos planquées au fond des tiroirs ?

 

Il ne fallait pas me donner de plage, ni de cormorans, ni croire que j'allais rester bien sage. Je suis la fumée de ton feu qui rêve, je ne suis pas comme ces femmes qui font les pires folies pour déclencher les flammes de la passion et qui fuient devant l'incendie. Je t'indique vers quoi marcher pour te réchauffer, puis je disparais, à cause de cette pluie.

 

Avant de me laisser mettre les voiles, celles que j'ai sorti de tes placards pour l'occasion, tu amarres tes yeux de charmeur de serpents dans mes pupilles, exceptionnellement diurnes. Tu y cherches l'éclat de malice, l'envie de la morsure. Je proclame une dernière fois que ce ne sont pas tes airs de pipeau qui vont m'empêcher de m'envoler. Je suis un oiseau migrateur moi, je cherche toujours plus de hauteur. Tu m'embrasses tendrement et me murmures tout bas que, pour toi, je suis le plus dangereux des reptiles.

 

Tonnerre de Brest, j'ai toujours aimé les pommes (défendues) et en plus, je t'offre ma peau en cadeau...

 

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