Claire

Publié le par Candiice

 

Le corbeau critique la noirceur

 

J'admire ma ville, je la domine les poings sur les hanches. Elle est comme un immense manège dont chaque tour me vieillit, trahi mon âge. Mes talons aiguilles n'ont plus peur des pavés, Nantes est devenue mon étoile du berger. Il fait froid ce soir, je réalise que l'été qui m'a protégé pendant deux mois, s'est définitivement perdu entre la tour Eiffel et mes cuisses de promeneuse. Je suis rentrée et mes yeux ne surplombent plus Paris.

 

Je t'attends au dessus du ventre de la fourmilière urbaine. Mes épaules se détendent en entendant le grouillement familier et invitent le vent froid à violer ma nuque puis à s'immiscer entre mes seins. Toi, la nuit te perfuse, tu rêves d'une seconde chance sous la pleine lune, anémiée par l'obscurité, tu pleures ton prince. Alors que moi, je suis gorgée de soleil, je ne vis bien qu'à trente degrés à l'ombre, mais puisque je n'arrive pas à t'attirer dans mes heures chaudes, j'accepte tes enfers nocturnes. Nos jeux me sont trop précieux, ils rééquilibrent ma balance affolée entre des idoles dorées et des idées en papier. Et tant pis si l'on empeste l'alcool et le tabac au petit matin. Tant pis pour nos tympans perforés, nos collants filés et tes valeurs délavées. Tant pis pour nous, tant pis pour notre avenir, qu'on remet toujours à plus tard.

 

On murmure beaucoup de mots d'amour, des injures aussi. Même perdues, on complote sous nos cheveux longs, on rit en bleu, en rose, jamais en noir. C'est ma seule réussite dans ta nuit d'ébène : t'amuser en couleur. Tu poses des bombes partout, je passe mon temps à désamorcer tes conneries, des fois j'en oublie, ça explose. Tu me dis que tu as peur des vampires et je t'avoue que je crois encore au Père Noël. Tu me parles d'amour et moi de vie, car si je joue à la poupée toi, tu hurles au loup. On ne fait pas les mêmes choix, mais face à ton insolence d'égocentrique, à ton "moi j'ai mal, moi j'ai mal" , j'appose ma distance, mon détachement hautain "moi je m'en fous, rien ne me touche". Nous sommes deux détestables qui valsent sur des airs différents qui s'harmonisent à la perfection.

 

Le jour se lève, je suis souvent la première à entendre l'appel de la vraie vie et toi celle à y retourner, comme si de rien n'était. Tu te moques de moi, jalouse de mon stoïcisme sentimental, tu me fais la révérence en m'appelant "Mademoiselle Prince". Mais je m'accorde des siestes, je me prélasse en fantasme alors que tu t'épuises encore à prier : à moi le rêve, à toi l'espoir. La course est longue, ménage toi mieux que ça, j'ai besoin de toi. Tu es fatiguée de ce marathon insensé, c'est vrai, mais crois moi, un jour tu cesseras de prendre les pigeons pour des corbeaux. Et ce jour là, tu seras roi.

 

 

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