Guillaume

Publié le par candiice.over-blog.com

La vie n'est pas un restaurant, mais un buffet. Levez vous pour vous servir. 

 

Je me souviens encore de notre cierge à St Nicolas. Il avait le goût provoquant de la jeunesse insoumise. Ce jour là, on s'était dit qu'il fallait mettre toutes les chances de notre coté, quitte à ce qu'elles soient bénites. Nous n'étions pas croyants, nous ne le sommes pas devenus. Je dirais même que depuis, nous avons perdu bien plus que la foi. En échange, on nous a donné des années et, de quoi en rire. Mais je ne vais rien te résumer. Qui de nous deux joue dans la synthèse ?

 

Quand je t'ai rencontré, j'ai été fasciné par ton calme, ta sereinité. Tu m'aurais convaincue de n'importe de quoi, tant ta persuasion se faisait physique et tes idées s'alignaient aux miennes. Tu doublais déjà mes joies et réduisais mes peines de moitié, je ne cessais de te répéter que si on n'élisait pas sa famille, tu étais le premier que je voulais choisir. Et inévitablement, tu arquais un sourcil, étirais tes lèvres en un demi sourire, et me prennais dans tes bras. On a gardé cette habitude, ce refuge. J'ai toujours eu l'impression qu'il me servait plus qu'à toi. J'ai compris bien plus tard que je me trompais, on ne l'habitait juste pas de la même façon. Si je cherchais tes bras quand mon monde s'éffondrait, au contraire, tu requierrais les miens quand le tien était trop ancré, qu'il s'enlisait dans sa stabilité.

 

On a fait la course au savoir, à la culture, à la critique. Pour finalement se faire peur dans un monde qui nous est subitement apparu trop injuste et corrompu. Alors on s'est arrêté, on s'est promis des efforts, on s'est donné des échéances. J'étais presque forte, tu as perdu toute trace de candeur. Et pendant que je perdais mes illusions, tu balayais tes rêves. Rien n'avait plus sa place. On s'est brulé le coeur à la vie, on s'est retrouvés ivres morts d'humanité. Puis on a supprimé les traces, ces batailles resteraient les notres et même si je suis fière d'avoir tenu ta distance, qui nous reconnaitrait aujourd'hui ? Qui soupçonnerait notre passé ?

 

Très vite j'ai compris que vouloir te freiner, c'était comme limiter la mer. Tu es de ceux qui créent l'instant, qui fracturent le temps, redéfinissent l'avant et dessinent l'avenir. Nous avions ce que l'on appelle l'arrogance acceptable, la fierté pour principe et le Carpe Diem tatoué sur nos paumes. J'ai beaucoup joué à ce moment là, et comme j'étais novice, j'ai cruellement perdu au début. Tu ne savais rien et tu ne posais aucune question, mais tu m'attendais après les coups durs, tu guettais mes larmes et tu les laissais couler sur tes épaules. Tu ne pensais pas à les sécher, tu reconstruisais mon univers en silence. Tu le fais encore même si je m'améliore.

 

Je viens redresser tes épaules et de temps en temps, il m'arrive encore de glisser deux de mes doigts dans ton cou et de presser ta jugulaire. Aggressive, je murmure à ton oreille : "Il est temps de vivre la vie que tu t'es imaginé." Tu m'as appris que fermer les yeux permettait bien souvent de mieux voir. Ensemble, on a accepté que les règles valent la peine, même si je te l'accorde, il faut du temps pour le comprendre.

 

 

 

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