Fanny

Publié le par Candiice

Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps.

 

J'écarte le rideau de tes cheveux d'ange et te murmure que Dieu a de beaux saints ce soir. Endiablée, fausse agnostique, tu dessines une ligne de sel sur la peau tendue entre mon pouce et mon index et remplis ton verre de tequila. Tu me dis que l'ivresse est dans le beat, et aspire les cristaux blancs entre tes lèvres rosées. Nous sommes des loubards de comptoirs, des perruches excitées par le bruit de nos ongles contre les barreaux de notre cage dorée et pendant que tu sors tes dents blanches du citron vert, je deviens protestante, cette nuit nous allons changer nos prières. Je ne suis pas faite pour la prison alors même si j'accuse d'un retard considérable, je retire mes talons et je quitte l'univers carcéral. Pieds nus sur le sol alcoolisé, je plaide innocente et toi, votre honneur, tu me libères sous condition : tu m'accompagnes.

 

Nantes est sereine, la nuit a calmé tous les pirates. Au loin on entend leurs cris, mais nous on est là d'appetit, on cherche l'extase de l'ataraxie, le sérum des surhommes. Mathématiquement c'était sur, tu divises, je rassemble, notre courage avait de l'allure. On prenait enfin notre temps, tout était retombé, le vent, mon discernement mais aussi cette foutue pression. C'était bon. Tu dansais autour de moi alors que je taguais les murs au rouge à lèvres, tu trouvais que j'avais un talent de gangster et t'approuvais mes graffitis de bandit. Génération à l'os précoce, décalage d'âge et volonté de ne pas grandir, de se planquer dans ses souvenirs : ça sent le souffre. On a beau être sexy, avoir les hanches envoutantes, tu me regardes du bord du gouffre.

 

La pluie s'abat, elle ne tergiverse pas, c'est l'averse. Nous sommes sans foi ni loi, véritables voyous au fond du trou, j'ai trop perdu, t'as pas assez profité, on a grandi sur des malentendus. Mes larmes suivent, attaquent ta religion encore intacte, celle qui croit en la force d'une bande de petites princesses au coeur en vrac. Nos robes pailletées réfléchissent les premiers rayons du soleil, regarde, on produit notre propre arc en ciel. Tu es si belle quand je pleure, tu as les silences justes et, alors que mes cheveux s'égouttent dans ton dos, je comprends qu'une "étreinte", ce n'est que l'"éternité" mal rangée. Tu trembles de me voir terrorisée, tu fermes les paupières et tes doigts citronnés viennent couvrir mes yeux de gosse. Tu ne veux pas qu'on voit disparaitre mon art éphémère.

 

Le rouge s'écoule, les murs saignent et le béton avale, on a blessé la ville animale. Nantes souffre, tu verras que bientôt même Saint Seb aura mauvaise haleine. Mais tu m'interdis d'abandonner, de courber l'échine, tous ceux qui sont partis trop tôt voudront bientôt me voir en super héroïne. Je n'ai pas le droit de les décevoir, la vie, il faut la prendre sans attendre. Et toi, même l'âme stressée, les nerfs usés par tes batailles de beaux quartiers, tu montres l'exemple, t'as placé la barre si haut que j'en ai le vertige. Mais tu sais, j'ai compris depuis le début, je t'ai vu venir dans ton corset de reine mage avec ton don pour la haute voltige. Tu me regardes comme si j'étais un petit prodige. Tu te trompes, je ne suis pas le messie, mais je vais faire de mon mieux, tu mérites au moins d'être entourée d'un imposteur de prestige.

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