La voie

Publié le par Candiice

Il y a des mots qui pleurent et des larmes qui parlent.

 

Cela fait une semaine maintenant que je fais mourir toutes les fleurs sur mon passage. Et en me regardant dans la glace hier soir, dans cette débauche propre à la jeunesse, j'ai su que j'avais pris mille ans. Alors les paupières closes, j'ai lentement carressé mon front, m'attendant à y sentir les sillons creusés par les rides. J'ai voulu étirer la peau de mes joues pour constater à quel point elle avait perdu de son élasticité et mordre mes lèvres pour y chercher la pulpe de la jouvence. Dans le silence de la nuit, je me suis laissée glisser contre le mur blanc, face au miroir, la lune pour seul éclairage, seul juge. On m'avait prévenu, il y a des fleurs qui ne passent pas l'hiver, et des gens à qui la nuit fera toujours peur.

 

J'ai repensé à mes choix de ces derniers jours, à mes erreurs de ces dernières années. Les larmes ont débordé de mes yeux, et je n'ai pas osé les ouvrir de peur de voir à quoi ça ressemblait. Sans un bruit, je me suis laisser pleurer, par faiblesse, par fatigue, pour toutes les choses que je n'osais pas regarder en face. Dans ma belle robe et mon courage en papier, j'ai laissé couler ces dizaines de non-dits. 

 

J'ai songé à toutes celles et ceux qui en un coup de fil, m'auraient fait ravalé toute cette défaillance, m'auraient rendu le sourire et cartonné mes forces, qu'importe l'heure et quelle que soit ma part de responsabilité, et j'ai éteint mon portable.

 

Seule j'ai désséché mes muscles et me suis brûlée la gorge, en laissant les larmes détruire l'illusion faite de mascara qui donnait à mes yeux un air heureux. Il était temps qu'elles coulent le le long de mes joues ces larmes, elles commençaient à inonder mon coeur en restant à l'intérieur.

 

Les étoiles ont commençé à disparaitre et mes pupilles à se fatiguer, j'ai relevé les cils sous les premières lueurs de l'aube, mes mains encore dans mon cou, inquiètes d'en sentir la peau si flasque. Je me suis approchée du miroir, lentement, de peur d'y découvrir les traces de ma vieillesse prématurée. Mais si je pouvais y lire la douleur d'un eye liner maltraité par de longues minutes de chagrin, j'y ai également vu mes pores lisses et mes pommettes hautes. L'âge ne se lisait que dans mes yeux noirs, seules cendres d'une nuit d'incendie.

 

La lune s'enfuyait, la rosée prenait le relais, elle se répendait pour toutes ces peines arides. Il était temps de rentrer, de laisser tout ce que ces heures perdues avaient apporté et emmené. Aux aurores les rues sont vides et les trajets se font à pied. En levant les yeux j'ai compris qu'il allait faire beau, que les vents étaient de mer et aux paquerettes qui se retournaient sur mon passage, j'ai su que j'avais perdu ma douleur. Après une heure et demi de marche, je me suis retrouvée devant ma porte, j'aurais été fumeuse, je m'en serais grillée une. Rien que pour bruler tout ce caractère de 21 grammes. On aurait fait un bel autodafé. J'avais l'impression nostalgique que tout était à refaire alors que rien n'était éffondré : les mêmes combats m'attendaient, les mêmes questions, les mêmes déceptions. Je n'avais plus que ma peur pour me défendre. Celle de vieillir sans m'être donné la possibilité d'aimer chaque fleur, chaque homme, chaque femme, chaque descente de rhum. 

 

Doucement j'ai monté les escaliers et ouvert la porte de ma chambre, la maison dormait tandis que le soleil donnait ses premiers rayons. Je ne savais pas de quoi j'aurais besoin, ni même quel serait mon premier objectif, mais j'étais calme et détendue : je m'étais relevée du plus dur combat qu'il soit, celui mené contre soi même. Et même si j'avais encore mal au coeur, mes iris avaient retrouvé la couleur des jours de paix.  

 

J'étais dans la fleur de l'âge, tout restait à faire. Dans l'âge des fleurs, et elles me le rendaient bien : elles avaient poussé partout dans ma chambres. Rouges, minuscules et au parfum entêtant, elles avaient envahi mon dressing, recouvert le sol et tapissé les murs. Je les ai carressé, fragiles et douces, elles ne fânaient plus. 

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